17 Novembre 2009
Telerama n° 3123
Marine Landrot

Le précédent livre d'Agata Tuszynska s'intitulait Une histoire familiale de la peur (éd. Grasset, 2006). Forage tenace de l'auteur dans sa généalogie pour déterrer les racines juives que longtemps sa mère lui ­cacha, ce récit s'évertuait à ­suivre les ramifications d'un ­secret de famille. C'est au contraire une vérité jamais tue, béante et impossible à fuir, qu'Agata Tuszynska sonde dans son nouveau livre : la tumeur au cerveau qui emporta son mari Henryk à l'automne 2006. A l'Histoire familiale de la peur, qui paraissait alors en France, se superposait en silence une histoire conjugale de l'effondrement. Agata Tuszynska n'a pas pu tenir de journal pendant cette épreuve car « pour la première fois, les MOTS sont impuissants. Ils sont détachés de la réalité qu'ils devraient saisir ».Mais elle a envoyé des mails à ses proches, et ces feux de détresse lancés sur la Toile ont nourri cet ouvrage hagard, où je, tu, il s'anéantissent dans un fracas de désespoir.

Le tremblé de l'écriture, son piétinement parfois donnent au livre une allure d'électrocardiogramme des dernières heures. Agata Tuszynska cherche la sécheresse, la pudeur, mais elle est sans cesse gagnée par l'effusion, qu'elle apprend à accepter. La poésie, refuge de toujours pour le couple que formaient Henryk et Agata, s'immisce alors dans les pages pour ouvrir un espace infini et salvateur. Comme toujours, cette auteure à la fois fuyante et pénétrante excelle aux jeux de miroirs entre les différentes étapes des vies humaines. Peu à peu, un écho gronde, une logique se fait jour, et la maladie éclaire les destins. Les passés d'Agata et de Henryk, tous deux Polonais émigrés à Toronto, rejaillissent dans tout leur inéluctable dessein : « se vaincre soi ».